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La voiture PSE est partie sans le moteur.MAITRE MAME ADAMA GUEYE, PLATEFORME AVENIR SENEGAL BUGNU BEUG

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« La voiture PSE est partie sans le moteur »

Me Mame Adama Guèye est désormais de plain-pied dans l’espace politique. La sentinelle de la bonne gouvernance et membre fondateur de la plateforme Avenir Sénégal Bugnu Beug va à la conquête du suffrage des Sénégalais. Idéaliste, l’avocat veut ennoblir la politique en y ajoutant une dose d’éthique. Dans cet entretien avec «L’AS», il passe à la loupe la classe politique, critique le Pse et remet en cause la volonté du Président Macky Sall d’instaurer la rupture dans le pays.

L’AS : Depuis quelques temps, on n’entend pas la Plateforme Senegal Bugnu Beug. Que prépare-t-elle ?

Me Mame Adama Guèye : On réagit ass ez régulièrement sur les questions d’intérêt national, notre dernière sortie ne date pas de longtemps. On a fait une conférence de presse dans laquelle nous avons traité deux sujets : la question du pétrole et l’affaire des cartes biométriques. Cependant, on n’est pas encore entré dans la dynamique de réflexion sur un programme concernant les législatives, même si, sur le principe, il est clair que nous participerons aux prochaines élections législatives dans des conditions qui seront portées à la connaissance l’opinion.

Allez-vous rejoindre la coalition de l’opposition ?

Nous avons déjà une position de principe par rapport à «Wattu». Les membres de «Wattu» Sénégal nous avaient invités à intégrer cette coalition, mais nous n’avons pas jugé opportun de le faire. Parce que nous avons un certain nombre de principes auxquels nous restons fidèles. Nous ne sommes pas prêts à nous allier avec n’importe quelle coalition, ni dans n’importe quelle organisation. Et il y a quelques années, nous étions dans le M23 et avions en face de nous un certain nombre d’organisations et de partis. Et nous pensons que nous ne partageons pas les mêmes valeurs et les mêmes principes avec ces organisations. Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas de relations ponctuelles face à certaines situations. Mais sur le plan politique et en perspective des prochaines législatives, il n’est pas question que nous soyons en coalition avec «Wattu Sénégal».

Est-il possible d’organiser des élections législatives transparentes en 2017 ?

Je veux rester optimiste parce que je ne peux pas imaginer qu’il en sera autrement. Il est hors de question qu’on ne respecte pas le calendrier. La population n’acceptera pas le report des élections législatives. Concernant les cartes biométriques, c’est la manifestation d’une incompétence notoire du gouvernement. On sait depuis longtemps que la majorité des cartes d’identité expiraient en 2016 et un Etat sérieux devrait prendre à temps les dispositions appropriées pour gérer la situation. Mais paradoxalement, l’Etat a créé une situation artificielle d’urgence pour adjuger de gré à gré un marché d’un montant de 50 milliards, ce qui est intolérable et très suspect. L’autre signe d’incompétence notoire et d’incapacité managériale est le chaos qui caractérise le processus de renouvellement en cours. Un Etat digne de ce nom ne doit pas forcer ses citoyens à se lever à 04 heures du matin pour aller faire la queue au niveau de commissions submergées. C’est anti économique, et contraire aux objectifs proclamés de croissance.

Votre plateforme prône toujours le leadership collégial. Est-ce que cela est pertinent dans ce Sénégal ?

C’est une question intéressante. Il ne faut pas essayer de s’adapter à tout prix à la compréhension de nos concitoyens sur certaines choses. Par rapport au leadership habituel, nos concitoyens ont l’habitude de voir les partis avec un chef qui en est l’alpha et l’oméga et qui est forcément le candidat du parti, pour une élection. Nous n’avons pas suivi cette démarche, parce que nous estimons que la forme d’organisation des partis a montré ses limites. D’ailleurs aujourd’hui, se pose la question sur la démocratie dans les partis politiques. C’est la raison pour laquelle, nous avons adopté la démarche fondée sur un leadership collectif. Parce que comme le dit notre crédo, nous voulons donner l’exemple du changement que nous voulons. Contrairement aux chefs de partis politiques, nous ne croyons pas aux messies. Nous sommes réunis dans le cadre d’un leadership où tout est sujet à débat et réflexion collective et concertations. C’est cette forme de gouvernance que nous voulons mettre en place, le jour où les Sénégalais nous feront confiance. Donc nous le pratiquons déjà dans notre organisation et nous ferons tout pour être l’exemple de ce changement que nous prônons. C’est une question de cohérence, raison pour laquelle nous avons adopté cette démarche qui a une dimension pédagogique puisque nous voulons faire comprendre aux Sénégalais qu’il est possible dans le cadre de la gestion du pouvoir d’avoir une forme d’organisation, une forme de gouvernance qui ne repose pas sur le messianisme auquel nous ne croyons pas. Abdoulaye Wade est le dernier des mohicans. Aujourd’hui, nous essayons d’avoir une pratique organisationnelle conforme à ce que ce que nous souhaitons faire au pouvoir le jour où le Sénégal nous fera confiance. Nous nous inscrivons dans une logique d’équipe qui est totalement opposée à l’approche messianique.

Quels sont les gages que vous pouvez donner, étant donné que ceux-là qui nous gouvernent avaient signé la charte des Assises nationales qu’ils ont rangée au placard ?

Il y a une grosse différence entre nous et le Président Macky Sall. Le Président Macky Sall a signé la charte de gouvernance démocratique par opportunisme politique, parce qu’il voulait rassembler la dynamique d’opposition, car les assises étaient pour lui un passage obligé. Notre différence est que nous sommes partie prenante des Assises nationales et nous avons contribué à leur réussite. Aujourd’hui, toute la thématique, qui est dans le débat politique, procède de cette réflexion : que ça soit la lutte contre la corruption, la mal gouvernance, la transparence, l’éthique etc. Nous ne nous sommes pas approprié cette thématique par opportunisme, nous avons contribué à sa production. Il est évident que ceux qui ont produit cette thématique, cette réflexion, sont plus à même de la mettre en œuvre, que ceux qui le se sont appropriés par opportunisme. Aujourd’hui, personne n’ose s’opposer à la transparence ou à la bonne gouvernance parce que c’est le discours politiquement correct. On le proclame mais on ne l’applique pas malheureusement. Les reniements du Président Macky Sall par rapport à ces principes sont flagrants, car la gouvernance sobre et vertueuse est un slogan qui ne coïncide pas avec la pratique en cours. C’est le Président Macky Sall qui avait déclaré qu’il y avait de la place pour l’éthique en politique qui a fini par faire l’apologie publique de la transhumance.

Dans la gestion des derniers publics, le pouvoir soutient qu’il y a l’Ofnac et beaucoup d’organes de contrôle pour assurer la transparence

Il ne suffit pas de mettre en place des organes pour prétendre lutter contre la mal gouvernance et la corruption. Il y a eu des actes très significatifs posés par le Président Macky Sall par rapport à ces questions là. Le Président avait dit qu’il mettait le coude sur certains dossiers. Il a pris la décision de renvoyer Nafi Ngom Keita alors que son mandat n’était pas encore terminé. Ce sont des signes qui prouvent qu’il y a un gros déficit de volonté politique dans la lutte contre la corruption. On a sacrifié la traque des biens mal acquis sous l’autel du dialogue national. Donc, il y a une nette différence entre ce que le gouvernement actuel proclame et ce qu’il met en pratique.

La plupart de ceux qui étaient dans le système Wade sont aujourd’hui autour du Président Sall,

C’est vrai que nous avons accompagné le Président Sall, parce que nous avons cru à la dynamique citoyenne du 23 juin, à la suite des Assise nationales en espérant que les lignes pouvaient bouger et qu’il pourrait y avoir changement, mais les faits montrent que ce n’est pas le cas. Au fond, ce qui se passe dans le champ politique ne me surprend pas dans la mesure où cela procède d’une culture politique instaurée depuis Senghor, c’est la culture du clientélisme politique communément partagée par les principaux partis politique. C’est cette culture qui reproduit le système. Et quand il y a changement, on retrouve toujours dans le nouveau régime les politiciens professionnels qui soutenaient l’ancien régime. Le microcosme politique est toujours le même depuis Senghor, c’est pour cette raison que nous avons décidé de passer à l’action politique. Car il faut dans ce pays une vraie révolution politique pour un vrai changement.

Le système politique ne fait qu’enrichir certains, car nous sommes dans un pays où il est plus facile d’être milliardaire en tant que politicien qu’en tant qu’homme d’affaire. L’accaparement des ressources publiques par les politiciens professionnels est contraire aux valeurs du patriotisme, car on doit servir le pays et non se servir du pays. Une preuve de plus de cet accaparement est l’aveu qu’a fait le Président Sall lors de l’université républicaine, en disant à ses militants de la Cojer : «maintenant vous êtes arrogants, parce que vous êtes riches ». Il est urgent de casser ce système de clientélisme politique pour mettre le pays entre les mains des vrais patriotes qui mettent au dessus de tout l’intérêt supérieur de la nation.

Reconnaissons que Macky Sall partage le pouvoir avec les «assisards», puisque Moustapha Niasse est à l’Assemblée et Ousmane Tanor Dieng au Hcct ?

Les assises sont orphelines. Et ses principaux acteurs politiques s’en sont servis uniquement pour ressusciter leurs partis affaiblis par le boycott des élections législatives de 2007. Le travail extraordinaire qui a été réalisé dans le cadre des Assises doit être utilisé au service des intérêts de notre pays. Nous restons attachés aux conclusions des Assises Nationales qui constituent la principale source d’inspiration du projet politique que porte la Plateforme Avenir Senegaal Bi gnu Beug.

En tant qu’acteur de la justice, comment analysez-vous la polémique suscitée par la réforme de la justice ?

Je regrette que le ministre de la Justice n’ait pas privilégié une large concertation pour arriver à un compromis. L’Union des magistrats sénégalais (Ums) a posé des préoccupations qui devaient être prises en compte, et malheureusement tel n’est pas le cas. Ce qui a posé le problème, c’est le passage en force en procédure qui dénote une précipitation suspecte qui laisse penser que cette réforme est taillée sur mesure. C’est d’autant plus regrettable que les Assises de la Justice que le président de la République s’était engagé à convoquer au mois d’avril auraient pu constituer le cadre inclusif et ouvert pour discuter de l’ensemble des problèmes de la Justice avec l’implication de toutes les parties prenantes. Il faut définitivement se convaincre que la crise qui prévaut dans la Justice ne peut pas être durablement surmontée si le débat se limite à un tête-à-tête entre l’Etat et les magistrats. L’implication des usagers de la justice, du secteur privé et des organisations de la société civile s’impose.

Que pensez-vous de la rallonge de l’âge de la retraite à 68 ans?

L’Ums qui est la principale partie prenante a clairement exprimé ses craintes quant aux conséquences de la mise en œuvre de la réforme. Une réflexion large et inclusive aurait pu permettre d’engager une réforme en profondeur du Conseil supérieur de la magistrature de telle sorte que l’Etat ne joue pas le rôle prépondérant dans la gestion de la carrière des magistrats, ce qui pèse comme une menace sur leur indépendance. Il importe toutefois de noter que l’indépendance de la justice n’est pas simplement une affaire d’institution et de statut. C’est aussi c’est un état d’esprit. Il faut considérer la question de l’indépendance non pas seulement par rapport à l’Etat mais aussi par rapport aux forces de l’argent, aux pressions maraboutiques, sociales, etc. La question de la Justice doit être traitée à travers une approche holistique.

Vous êtes très critique, mais il y a des réalisations comme la CMU et les bourses familiales….

Il n’y pas de raison pour un gouvernement de se glorifier de réalisations qui entrent dans le cadre de la gestion courante d’un Etat qui dispose de nos ressources pour réaliser sa mission. Concernant la CMU et les bourses de sécurité familiale, le succès de ces politiques ne peut être évalué que sur la base de données permettant de mesurer leur véritable impact en fonction de l’étendue du besoin à satisfaire et de l’efficacité des actions mises en œuvre. A ma connaissance, ces données ne sont pas disponibles. L’échec du plan Sésame qui a déstabilisé les finances de nombreux hôpitaux montre qu’entre l’objectif déclaré d’une politique et le succès de sa mise en œuvre, il y a une grande marge. Concernant plus particulièrement les bourses de sécurité familiale, il aurait été plus pertinent d’utiliser les ressources de manière plus productive. Cet argent aurait pu servir par exemple à diminuer les taux d’intérêt au niveau des systèmes financiers décentralisés pour faciliter l’accès au financement des femmes impliquées dans le système de production. En outre, les conditions opaques de distribution des bourses familiales dans certaines localités montrent l’omniprésence du clientélisme politique dans les projets conduits par le gouvernement.

Le Pse est en marche. Le taux de croissance dépasse les 6%….

Il faut arrêter de regarder les choses avec les lunettes des autres. Le taux de croissance est un simple indicateur économique et il faut l’analyser pour voir où se situe la croissance. Ce n’est pas une croissance endogène, car une bonne croissance doit avoir un impact significatif sur le vécu quotidien des Sénégalais, ce qui n’est pas le cas. Le Pse a un mérite, c’est une approche sur le long terme. Cependant, les économistes sénégalais le Pr Amadou Aly Mbaye et le Pr Mounirou Ndiaye ont exprimé des réserves sur le Pse qu’il faut prendre en considération. Le Pr Amadou Aly Mbaye a indiqué dans une interview en avril 2016 que la situation économique du Sénégal n’a jamais été aussi fragile.

Dans le Pse, certains facteurs de risques ont été identifiés. Il s’agit de facteurs dont la survenance peut constituer une menace pour la réussite du Pse. Pour montrer l’incohérence dans la démarche du Pse, prenons le cas du service public. Le retard dans la modernisation de l’Administration publique est identifié comme un facteur de risque. Et le paradoxe est que postérieurement au lancement du Pse, le ministre de la Fonction publique a procédé à la mise en place du comité de pilotage de l’étude diagnostic sur le service public et ensuite un projet sur la déontologie au niveau de l’Administration publique. Par la suite le président de la République a lancé en grande pompe le Forum National de l’Administration dont le slogan était « l’Administration, moteur de l’émergence ». Le trait commun de ces initiatives est de poser le diagnostic et de proposer les solutions pour moderniser le fonctionnement de notre Administration publique. Ceci signifie simplement que le retard dans la modernisation de l’Administration publique identifié comme facteur de risque dans le PSE n’est pas maîtrisé. Donc c’est comme si la voiture PSE est partie sans moteur.

On parle de l’implication de la famille présidentielle dans le secteur du gaz et du pétrole, avec le cas Frank Timis, qu’est ce que cela vous inspire?

Dans cette affaire là il y a au moins un aveu. L’aveu résulte du fait que M. Aliou Sall a décidé de se retirer, donc il était impliqué. Et sa démission ne règle pas le problème puisqu’il reste dans le même groupe qui est toujours lié à l’Etat du Sénégal. Même si Aliou Sall était lié à M Franck Timis antérieurement à l’accession au pouvoir de son frère, il y a des actes qui ont été posés par le Président au profit d’une société constituée postérieurement et dont la gérance lui a été confiée. Il y a manifestement un conflit d’intérêt. Ce que Aliou Sall a fait est contraire à l’éthique dans la mesure où il reconnaît que c’est pendant qu’il était fonctionnaire qu’il a connu M Timis. Il y a des pays où la loi interdit clairement aux fonctionnaires d’entrer en affaires avec des personnes avec qui ils ont eu à traiter en leur qualité de fonctionnaire sans observer un délai de viduité. Il y a en général deux manières d’entrer dans le business. Soit on a des capitaux à investir, soit on a des compétences pointues. M Aliou Sall dit qu’il n’a pas d’argent et je n’ai pas connaissance qu’il ait une formation dans le secteur pétrolier, ni dans le métier de banquier. Et subitement, lui qui était journaliste comme vous se retrouve à la tête de gros business dans le pétrole, dans les banques, dans l’aviation. Il est permis de penser que ses partenaires l’ont associé à leurs affaires du fait qu’il est le frère du président de la République. Et s’ils l’ont fait, c’est qu’ils espèrent quelque chose en retour, car ceux qui l’ont choisi ne sont pas des enfants de cœur.

Il y a plusieurs cas de meurtres signalés ces derniers temps. Les Sénégalais sont-ils en sécurité ?

Nous avons un Etat qui gère les urgences, nous n’avons pas un Etat stratège et proactif. Ce qui s’est passé est le résultat d’un processus dont l’évolution n’a pas été correctement analysé par l’Etat dans une approche prospective pour prendre par anticipation les mesures appropriées afin d’en atténuer l’impact à défaut d’éradiquer les effets négatifs. On a l’impression que l’Etat se limite à réagir face aux urgences. Nous avons des raisons de nous inquiéter dans la mesure où le Directeur Général de la Police National ne semble pas prendre la mesure exacte de la portée du phénomène puisqu’il considère que le Sénégal n’a pas de problème d’insécurité. Alors que les faits sont là patents, le plus haut responsable de la police conteste la gravité de la situation sur la base de statistiques qui ne semblent pas significatives. C’est d’autant plus inquiétant que le ministre de l’Intérieur qui préconise un renforcement des moyens pour juguler l’insécurité grandissante ne semble pas avoir la même lecture de la situation le Directeur Général de la Police Nationale.

Propos recueillis par Amadou BA et Babacar DIEYE (L’AS)

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