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‘’2018 doit être une année de front chauffé par l’opposition’’ H Sy

FLASHACTU.INFO-L’effervescence notée au sein de l’opposition sénégalaise, en perspective de la prochaine élection présidentielle, doit se traduire en acte concret sur le terrain politique. Selon le leader du Parti espoir et modernité (Pem), Habib Sy, pour venir à bout de Macky Sall, l’opposition a tout intérêt à fédérer ses forces. Aussi appelle-t-il celle-ci, dans cet entretien avec ‘’EnQuête’’, à chauffer le front pour empêcher le chef de l’Etat sortant de faire quoi que ce soit à même de détourner les suffrages des Sénégalais.

 

Le président Macky Sall, lors d’une récente rencontre avec les responsables de son parti à Dakar, a déclaré qu’il veut passer au premier tour avec 60 % des suffrages. Pensez-vous que cela soit possible dans le contexte actuel ?

Je conseille à Macky Sall de lire le livre de Habib Thiam ‘’Par devoir et par amitié’’. Il fait une analyse intéressante quand les Ousmane Tanor Dieng, à l’époque, avaient dit qu’Abdou Diouf va passer à 60 %, dès le premier tour. Je conseille à Macky Sall de le lire.

Donc, selon vous, ce n’est pas possible qu’il soit élu au premier tour avec 60 % des suffrages ?

C’est impossible. A moins qu’il fasse un forcing, et ça ne passera pas, qu’il continue la rétention des cartes d’électeur. Deux millions de Sénégalais qui n’ont pas leurs cartes d’électeur, comment est-ce que vous qualifiez cela ? C’est une tentative de détournement de la volonté populaire. L’opposition doit se battre contre cela. 2018 doit être une année de front chauffé par l’opposition. Il ne faut pas lui donner l’occasion de penser, de tenter ou de faire quoi que ce soit pour détourner les suffrages des Sénégalais. C’est maintenant que commence le combat. C’est pour cela que le pacte est intéressant. Parce que quand on a un pacte qui est signé, ça va éviter la dispersion dans la lutte. On aura une convergence sur des points d’accord et le reste ne sera que des détails qu’on va gérer. Si nous n’avons pas le pacte, chacun est de son côté, on ne se retrouve pas et ce n’est pas bon pour l’opposition.

Justement, l’opposition envisage d’organiser une grande marche de protestation. Comment appréciez-vous cette initiative ?

C’est son droit le plus absolu. Moi, je suis un élève d’Abdoulaye Wade. C’est nous qui avons introduit le droit à la marche dans la Constitution. On ne peut pas le refuser à une opposition. J’y serai certainement. Tout ce que fait l’opposition actuellement et qui consiste à un droit qu’il lui est conféré par la Constitution, j’adhère. J’aurais souhaité que tous les partis d’opposition y aillent, c’est-à-dire oublier nos égoïsmes, les considérations subjectives et consorts. Tout cela n’a pas d’importance. Ce qui est important, c’est d’aller vers une troisième alternance beaucoup plus crédible et changer le Sénégal. Les gens sont fatigués et c’est ça le problème. Partout, on est en train de crier. Mais pour que le prochain président ne puisse pas avoir tous les pouvoirs pour faire ce qu’il veut, et après on regrette de l’avoir élu, il faudrait que ça passe par un pacte. C’est par expérience que je parle. Moi, j’étais dans le pouvoir, je sais comment ça fonctionne. Il faut qu’on éradique certaines choses. Mais comme je dis, je rends grâce à Dieu. Je n’ai jamais détourné l’argent de mon pays. Je n’ai jamais vendu mon pays. Je n’ai jamais menti à mon peuple. Et j’avais énormément de possibilités. Je le dis la dragée haute. C’est pour ça que je suis libre de penser et de dire ce qui est en moi-même.

Comment appréciez-vous toute cette agitation notée au sein de l’opposition, à quelques mois de la présidentielle ?

Je dois d’abord me féliciter de cette effervescence au sein de l’opposition, du fait des différentes manifestations d’ambitions. Ce qui est une preuve de la vitalité de l’opposition de notre pays. Mais vous savez, l’élection présidentielle n’est pas une promenade de santé. Ce n’est pas non plus quelque chose de facile, parce que, comme on le dit en général, il s’agit d’un homme qui se présente face à une opinion. Cela requiert énormément de choses.

Mais tout est bâti sur la confiance que l’électorat aura de cet homme. Alors, au sein de notre parti qui vient de naitre, on est animé par la ferme volonté de faire en sorte que l’opposition puisse triompher en 2019, qu’il y ait une autre alternance pour mettre le Sénégal sur les rails. C’est pour cela que nous avons fait une proposition relative à un pacte populaire de l’opposition pour battre Macky Sall en 2019. Ce pacte consiste à leur dire, si on peut avoir une candidature unique, tant mieux. Mais ce n’est pas faisable. La politique, aussi, c’est la réalité. Quand bien même nous voulons un candidat unique de l’opposition, nous pensons que maintenant, ce n’est plus possible. Alors, si ce n’est pas possible, il faut qu’il y ait des candidats pluriels encadrés. Mais là aussi, il faudrait faire en sorte qu’il n’y ait pas un trop plein de candidats. Si on peut arriver à avoir trois ou quatre candidats crédibles face à Macky Sall et qu’ils soient encadrés par le pacte.

Avoir quatre à cinq candidats face au bloc Bby, est-ce que cela ne risque pas de reproduire le même schéma que pendant les dernières législatives ?

Vous savez, les gens on ne peut pas les forcer. On ne peut pas les obliger. Si vous décidez d’être candidat, on n’y peut absolument rien du tout. Si c’était une décision que moi je peux prendre d’autorité, je leur dirais : voilà ce qu’il faut faire. Nous sommes en démocratie et les gens sont libres. La politique aussi, c’est savoir tenir compte de ces réalités. C’est parce que nous tenons compte de ces réalités que nous parlons de candidats pluriels encadrés.

Ne faudrait-il pas, selon vous, travailler autour d’un consensus fort pour avoir un nombre de candidats plus ou moins raisonnable, au lieu d’écouter les gens et de les laisser faire comme ils veulent ?

Si on a trois ou quatre candidats crédibles, c’est bon. Si les gens sont d’accord de signer le pacte, tout cela peut alors faire l’objet de négociations à l’intérieur. Il peut y avoir des désistements après. L’essentiel, c’est qu’il est certain pour tous ces partis qui vont adhérer au pacte, que quand il y aura une alternance, leurs idées pour faire progresser le Sénégal seront prises en charge. C’est ça le plus important. Si c’est cela, chacun va s’y retrouver et s’y reconnaitre. Mais quand c’est fait de façon informelle, comme on le faisait toujours, c’est cela le danger. S’il y avait le pacte, par exemple, à Benno Bokk Yaakaar, il n’y aurait pas le phénomène Khalifa Sall. Parce que rien ne les liait.

C’était simplement sur la base de la parole. Macky Sall, il fait ce qu’il veut, il nomme qui il veut. Il n’est pas obligé de mettre Tanor ou Moustapha Niasse. Il le fait pour des raisons politiques personnelles. Le pacte va éviter tout cela et c’est l’opinion qui sera notre témoin. Personne ne pourra déroger, parce que, devant un jury populaire et sur la Bible ou le Coran, vous avez juré de respecter ce pacte. Si on le fait, cela va créer une effervescence au niveau de l’opinion publique et de l’électorat. Les gens se diront : maintenant, on a une opposition crédible et sérieuse, on peut la soutenir. C’est presque certain que nous allons réaliser l’alternance.

Le Sénégal a quand même connu deux alternances. Mais, jusqu’ici, on assiste aux mêmes pratiques qui ne favorisent guère le changement. Est-ce que finalement le mal du pays, ce ne sont pas ces coalitions qui se font et se défont au gré des circonstances ?

Mais c’est parce qu’il n’y avait pas ce pacte. Les gens, quand ils soutenaient Abdoulaye Wade, il n’y avait rien. Ils sont venus et ils l’ont soutenu comme ça. Idem pour Macky Sall et ses alliés. Il n’y avait pas de programme, il n’y avait rien. Il n’y avait que des engagements verbaux. C’est ça que l’on veut éviter maintenant. On dit qu’on est d’accord, on va faire un programme de redressement économique national, on va régler le problème du fichier électoral pour qu’on n’en parle plus, on va réviser la Constitution. Tout ce qu’ils voudront, ils vont le mettre dans le pacte signé. Cela n’a jamais existé au Sénégal.

En quelque sorte, vous proposez des Assises nationales d’un autre genre ?

En réalité, c’est un prolongement des Assises. Le maillon qui manquait dans les Assises, c’est cela que nous proposons. S’il y avait ce maillon au niveau des Assises, aujourd’hui, on n’en serait pas là. En tout cas, je lance un appel au peuple sénégalais, vraiment, de soutenir cette idée de pacte, parce que c’est la solution pour une nouvelle alternance. Pour changer ce Sénégal de Faye pour Sall et en faire un Sénégal des Sénégalais et pour les Sénégalais. Parce que, quand on dit un Sénégal de tous et pour tous, c’est ce qui explique que les sociétés étrangères sont en train de nous exploiter. C’est un appel que je lance à tout le monde. Je vais continuer les consultations et après nous allons rédiger le projet de pacte qu’on va présenter aux leaders de l’opposition. S’ils sont d’accord, ils le signent et le problème est réglé. Et dans ce cas, Macky Sall n’aura pas où passer pour gagner. Il va même être battu dès le premier tour.

L’actualité reste dominée par la crise en Casamance. Quelle appréciation faites-vous de la tuerie de Boffa Bayottes ?

D’abord, c’est quelque chose que nous déplorons. Nous nous inclinons devant la mémoire des disparus et prions pour qu’un pareil massacre ne se reproduise. La question de la Casamance est très complexe. Aujourd’hui, il y a Sant’Egidio, c’était avec le président Wade. Je crois qu’il y a des possibilités d’aller vers la paix. Mais il faudrait que le gouvernement sache écouter et entendre le Mfdc. Nous, dans le projet de société de notre parti, nous avons même proposé à ce que le président de la République puisse avoir des résidences secondaires dans certaines régions, notamment à Ziguinchor. Le président doit rester en Casamance, de temps en temps, pendant une semaine, et développer le dialogue direct, même s’il le faut avec la rébellion.

Qu’ils sentent que Ziguinchor fait réellement partie du Sénégal. Mais si le président reste toujours à Dakar et que certaines localités comme Kédougou ou Matam se sentent abandonnées, ça pose problème. Ils font partie du Sénégal, ces gens. Cela va lui donner la possibilité de relever ces régions. Parce que là où le président séjourne, il rencontre des investisseurs étrangers et, effectivement, il y aura des investissements inévitablement. Il faut que cela se fasse d’abord à Ziguinchor. Il y a eu des erreurs à l’époque. Mais 35 ans de conflit, il faut en finir maintenant et accepter que la région de Casamance a ses spécificités. C’est une question qu’on ne peut plus occulter. Il faut discuter de tout. Ils disent qu’ils veulent discuter de l’indépendance, mettez le point sur la table et à force d’arguments, les convaincre que l’indépendance n’est pas possible. Je crois qu’ils vont l’accepter. Maintenant, il faudrait qu’il y ait un consensus de tout le Sénégal autour du président de la République sur la question casamançaise. Celle-ci ne doit pas et ne peut pas faire l’objet d’opposition. Mais il faudrait aussi que le président de la République ait de la hauteur pour pouvoir en discuter avec certains leaders de l’opposition pour qu’ils lui fassent un certain nombre de propositions dans le cadre d’un dialogue constructif.

Pensez-vous que l’option militaire soit la bonne ?

L’option militaire n’a jamais réglé de problème, ni pendant la Première Guerre mondiale, ni pendant la Deuxième Guerre mondiale, ni en Irak, ni nulle part. Elle ne règle pas les questions. Il faut l’éviter autant que faire ce peut, parce que c’est un cercle vicieux. On ne sait pas où est-ce que ça mène. Il faut éviter la guerre à tout prix. Que Dieu nous en préserve !

Comment appréciez-vous la sortie de Donald Trump contre l’Afrique ?

J’avais fait un article quelques jours avant où j’invitais le président Macky Sall à ne pas être un jeune président du passé, c’est-à-dire se mettre dans le sillage de nos héros qui ont résisté face à l’occupation étrangère comme Cheikh Ahmadou Bamba, El Hadj Malick Sy, Lat Dior Diop, Cheikh Oumar Foutiyou Tall, Alboury Ndiaye, etc.

Je crois qu’il m’a bien entendu. Aussitôt après, il a résisté face au comportement de Trump. C’est bien. Nous sommes un petit pays, mais il faut savoir sauvegarder sa dignité. J’ai bien aimé la réaction du président Macky Sall et pour cela, je le félicite. Tous les pays africains, après, ont suivi. C’est comme ça qu’on se comporte quand on est chef d’Etat. Mais il ne faudrait que ça s’arrête à Trump. Ce n’est pas suffisant. Ce qu’on lui reproche, c’est qu’il a ouvert les portes du pays à des lobbys étrangers qui sont venus s’accaparer de notre bien public. Autrement dit, tout ce qui est fait comme investissement, les retombées sont pour les lobbys étrangers. Les Sénégalais ne s’y reconnaissent pas.

Vous pensez à quel secteur ?

Tous les secteurs. Les infrastructures, pas de Sénégalais. Les services qui constituent l’essentiel du Pib, la croissance, le bâtiment, rien pour nos entreprises. C’est ça qu’on reproche essentiellement au président Macky Sall et c’est ça qu’il faut changer. Vous ne pouvez pas dire que vous faites plus de 1 000 milliards d’investissement public et que le peuple ne s’y retrouve pas, tout le monde crie, il y a quelque chose. Vous ne pouvez pas vous endettez jusqu’à 60 % de notre Pib sans qu’il n’y ait de retombées pour les Sénégalais. C’est pour cela que je dis que le vrai slogan qu’on doit tenir, c’est le Sénégal des Sénégalais pour tous les Sénégalais. C’est bien parfois, du point de vue diplomatique, de se faire respecter. Mais le président Wade a fait plus. Il a tancé ici l’ambassadeur des Etats-Unis devant toutes les caméras des télévisions du monde. Macky Sall n’en est pas encore là. Mais il est en train de suivre la voie du maître.

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