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Retour sur un bras de fer politico-judiciaire

FLASHACTU.INFO-Après deux renvois et plus de dix mois de détention préventive du principal incriminé pour cause d’instruction du dossier, le procès devant le tribunal correctionnel du maire de Dakar Khalifa Sall est apparemment entré dans sa phase active hier, mardi 23 janvier 2018. Retour sur un bras de fer politico-judiciaire qui embrase l’opinion publique, la classe politique et… l’Etat bien avant même le mois décisif de mars 2017 coïncidant avec l’arrestation du responsable socialiste et édile de la capitale sénégalaise depuis 2009, pour association de malfaiteurs, détournement portant sur les deniers publics, faux et usage de faux en écritures.

L’affaire Khalifa Sall, en rapport avec la gestion de la fameuse caisse d’avance de la mairie de Dakar, est partie pour alimenter encore les chaumières du landerneau politique comme du temple de Thémis, en raison des diverses connotations partisanes qu’elle suscite d’un côté à un autre. Techniquement, tout serait parti du rapport n°12/2016 du 24 mars 2016 de l’Inspection générale d’Etat (Ige), traitant de la gestion de la caisse d’avance de la mairie de Dakar au cours de la période 2009-2014. Diligenté en sourdine par les pouvoirs publics, il aboutit en premier lieu à une convocation du maire de Dakar, le mardi 21 février 2017, à la Brigade des affaires générales (Bag), une entité de la Division des investigations criminelles (Dic) logée dans l’enceinte du palais de justice de Dakar.

A la sortie de son audition, le maire de Dakar qui devait encore retourner devant les enquêteurs le lendemain, mercredi, déclarera au sujet de sa gestion de la caisse d’avance. «Je voudrais que les uns et les autres comprennent qu’il n’y a pas de détournement, qu’il n’y a pas d’escroquerie. Nous n’avons fait que continuer une pratique qui se faisait avant. Nous avons continué une des modalités de gestion ». Et de poursuivre avec force-volonté : « Je voudrais que les Sénégalais comprennent que l’abattage médiatique et le dénigrement ne passeront pas. Nous ne sommes pas des voleurs. Nous ne sommes pas des corrompus. Nous ne sommes pas des détourneurs. Nous sommes des gens honnêtes qui avons géré cette ville avec beaucoup de patience, de transparence et de vertu ».

Cependant, ni les propos du responsable socialiste, ni le soutien moral affiché de l’Association des maires du Sénégal (Ams),  ni les sorties au vitriol de l’opposition dénonçant les prémisses d’une cabale politico-judiciaire contre Khalifa Sall ne changeront la donne. La machine judiciaire s’emballe contre le maître incontesté de Dakar depuis les Locales de 2009. Le vendredi 03 mars 2017, le procureur de la République Serigne Bassirou Guèye annonce l’ouverture instante d’une information judiciaire dans l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar.

En conférence de presse, le maître des poursuites fait part en effet de la saisine imminente du juge d’instruction pour diligenter cette affaire qui a valu au maire de Dakar, Khalifa Sall, une audition (de deux jours) devant la Dic et qui a trait à l’utilisation non justifiée de plus d’1,8 milliards de fonds publics.  Selon ainsi le procureur de la République : « Ce qui s’est passé dans l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar est très simple. L’Inspection générale d’Etat (Ige) dans son rapport N° 12-2016 du 24 Mars 2016 m’a saisi pour me demander dans sa recommandation N°1, l’ouverture d’une information pour élucider la manière dont les fonds ont été gérés dans la mairie de Dakar. Il s’agit là de la caisse d’avance. Cette inspection a relevé un montant de 1,800 milliards qui ont été dépensés sans aucune forme de justification. Devant cette recommandation, je ne pouvais que saisir l’enquêteur pour tirer au clair cette affaire. Alors, la Division des investigations criminelles (Dic) a été saisie et a commencé à mener son enquête». Les spécialistes du droit pénal comprendront bien vite que la machine judiciaire happerait bien vite Khalifa Sall.

En réplique, le maire de Dakar anime moins de 48 heures après la sortie du procureur Guèye une rencontre avec la presse pour balayer d’un revers de main les allégations du parquet.  Au cours de cette sortie médiatique rehaussée par la présence du guide religieux des « Moustarchidines » Serigne Moustapha Sy, une forte présence de l’opposition avec Mamadou Diop Decroix, Cheikh Bamba Dièye, Me Amadou Sall et Mayoro Faye du Pds entre autres, Khalifa Sall indexe une manœuvre politique et fond en larmes en dénonçant « une cabale ignoble et infamante et qu’il sait que sa famille a été meurtrie par toutes ces accusations infondées ».

LE DOYEN DES JUGES HEBERGE KFALIFA SALL A REBEUSS

Le lundi 07 mars, Khalifa Sall se présente au cabinet du doyen des juges d’instruction, Samba Sall pour répondre des délits qui lui sont imputés. Sa défense lui décroche un sursis de vingt-quatre heures en arguant de son droit à prendre connaissance du dossier. Le mardi 08 mars, le maire de Dakar est inculpé pour détournement de deniers publics et tutti quanti, puis placé sous mandat de dépôt par le doyen des juges avec six de ses collaborateurs.

En prison, Khalifa Sall dirige la liste de Mankoo Taxawu Senegaal aux Législatives de juillet 2017 et est élu député au sein de la treizième législature. Saisie par le procureur, l’Assemblée nationale sénégalaise lève cependant, le samedi 25 novembre 2017, l’immunité parlementaire du maire de Dakar. A l’issue d’une séance plénière chahutée, 125 députés contre 27 votent le rapport d’une commission parlementaire préconisant cette levée sans effectuer l’audition du concerné, emprisonné depuis mars.

Le comble pour Khalifa Sall : les diverses et occurrentes requêtes de ses avocats pour lui décrocher une liberté provisoire sont tour à tour invalidées par les différents ordres de juridictions sénégalaises.  Et après 10 mois de détention préventive, l’édile de la capitale voit son procès démarrer le 14 décembre dernier par un renvoi, au 03 janvier puis au 23 du même mois. Les choses sérieuses ont visiblement commencé hier, sous pilotage du juge Malick Lamotte,  pour un procès qui ne cesse de faire couler de la salive au sein de l’opposition qui n’y voit qu’une tentative de liquidation politique d’un futur adversaire à la présidentielle. Et également de susciter moult  à priori, de Dakar aux autres capitales du monde qui ont les yeux braqués sur le Palais de justice de la capitale sénégalaise, en passant par Paris dont des élus et robes noires n’ont pas manqué de venir à la rescousse de la défense du maire socialiste.

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