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PROCÈS IMAM NDAO-Makhtar Diokhané devant la barre lundi

FLASHACTU.INFO-L’affaire Imam Ndao et Cie va connaître une autre tournure lundi prochain. C’est Makhtar Diokhané qui sera entendu par le tribunal. Présenté par ses pairs comme l’un des proches du chef de Boko Haram, il devra répondre sur les faits de terrorisme au Sénégal pour lesquels il est poursuivi. Avant cela, retour sur les auditions des accusés Alpha Diallo et Cheikh Ibrahim alias Abu Khaleb.

C’est ce lundi 30 avril que l’accusé Makhtar Diokhané se présentera devant la chambre criminelle de Dakar. Il est décrit comme étant un des collaborateurs de Shekau, chef de Boko Haram. A noter que ses deux épouses sont également accusées dans cette même procédure. En attendant sa comparution, les sieurs Alpha Diallo et Cheikh Ibrahim alias Abu Khaleb ont été auditionnées. Mais à l’ouverture du procès de l’Imam Ndao et Cie, hier, un petit incident a été noté entre le parquetier et un des avocats de la défense. Ce qui a poussé le maître des poursuites à faire une observation à l’endroit des avocats de la défense suite aux propos de Me Khoureïchi qui disait : «le procureur a eu le culot de poser certaines questions». Il n’a pas aimé l’utilisation du mot «culot» et l’a fait savoir en ces termes : «Jamais, personne ne m’a entendu manquer de respect ni injurier un accusé, a fortiori un avocat. Je pense que ce respect doit m’être retourné. Ni demain, ni après-demain, personne ne m’entendra injurier quelqu’un. Il est vrai qu’on peut ne pas aimer l’orientation des questions du procureur, mais cela ne donne à personne l’autorisation de m’insulter.» Il a été rassuré par le juge Samba Kane qui a dit : «Le tribunal ne peut pas tolérer que certains propos puissent se tenir dans une salle d’audience. Cela ne se renouvellera plus jamais. Certains propos ne doivent pas sortir de la bouche des acteurs de la justice que nous sommes». Après cette note inhabituelle, l’audience s’est poursuivie normalement. L’accusé Alpha Diallo est donc appelé à la barre. Etudiant en Mauritanie, professeur de maths et d’anglais à ses heures perdues, a comparu, hier, à la barre de la chambre criminelle de Dakar. Il a nié les faits d’actes de terrorisme par menace ou par complot, actes de terrorisme en relation avec une association de malfaiteurs, apologie du terrorisme, blanchiment de capitaux pour lesquels il est poursuivi. Alpha Diallo a déclaré à la barre avoir été arrêté le 6 février 2016 en Mauritanie, chez Omar Keita. A l’en croire, les policiers lui ont fait savoir qu’ils ne lui reprochaient rien, mais que ce sont les Sénégalais (autorités sénégalaises) qui leur ont demandé de l’arrêter.

«J’ai vu Imam Ndao pour la première fois quand il animait une conférence sur la bataille de «Badr»

«Lors de mon arrestation, à part ma carte d’identité nationale, les policiers ont trouvé par devers moi des parfums et mes livres coraniques. J’étais parti en Mauritanie pour approfondir mes études, acquérir plus de connaissances dans la religion et travailler. Je voulais faire des études en finances islamiques. J’avais réussi à un concours d’entrée dans une université de l’Arabie Saoudite, mais les frais d’inscription étaient très chers», a-t-il dit. Avant de soutenir : «j’avais également réussi au concours d’entrée dans un institut en Mauritanie. Je devais faire dans cet institut 4 ans avant de rejoindre le Qatar. J’étais sur le point d’atteindre mes objectifs, mais on m’a coupé le fil. J’étais en troisième année quand on m’a appréhendé. Je ne suis membre d’aucun mouvement politique ou syndical, ce sont mes études qui m’intéressent. Toutes mes discussions portent sur les études, mes occupations, ce sont mes études ». Lors de son interrogatoire à la barre, le Président du tribunal l’a questionné sur ses rapports entre lui,  Matar Diokhané et Imam Alioune Ndao. Commençant par le premier nommé, il a déclaré : « j’avais fini un livre sur la rhétorique et cherchais quelqu’un pour le réviser. C’est ainsi que Salif m’a mis en rapport avec Matar Diokhané. Nous avons eu à échanger en grammaire arabe. On ne parlait que dans le domaine de la connaissance. C’est ce qui m’intéressait. On n’a jamais parlé de djihad. On ne peut pas me considérer comme l’élève de Diokhané. Celui qui vous apprend une lettre, c’est votre marabout. Pris sous cet angle, il peut être considéré comme quelqu’un qui avait plus de connaissances que moi». Pour ce qui est de sa rencontre avec l’Imam Ndao, il précisé : « j’ai vu une seule fois l’Imam Alioune Ndao. C’était lors d’une conférence qu’il animait à Pikine sur la bataille de « Badr ». On ne s’était même pas parlé. Lors de cette conférence, Imam Ndao n’avait incité personne à la violence. Le fait d’écouter une personne faire une conférence sur le thème de Badr ne peut pas faire de moi un terroriste, c’était juste un rappel historique ». Sur une question du juge de savoir si l’accusé avait l’intention d’aller rejoindre Boko Haram, d’aller en Syrie ou en Lybie, Alpha Diallo se veut clair : « je n’ai jamais posé un quelconque acte allant dans ce sens». S’agissant de sa conception du djihad, il indique : «en journalisme, on dit que le commentaire est libre mais, en Islam, tel n’est pas le cas. En islam, le commentaire est sacré. Il est laissé aux Oulémas et je n’en suis pas un».

«Nous avons demandé à Malang Omar de nous présenter à Shekau (chef de Boko Haram)…»

A sa suite, Cheikh Ibrahim alias Abu Khaleb a été entendu. Né en 1994, il est poursuivi pour actes de terrorisme par menace ou par complot, actes de terrorisme en relation avec une association de malfaiteurs, apologie du terrorisme, blanchiment de capitaux. Il a battu en brèche les accusations qui pèsent sur lui. Cependant, il semble être enfoncé par ses propos tenus lors de l’enquête préliminaire où il disait : « nous avons demandé à Malang Omar de nous présenter à Shekau (chef de Boko Haram). Il nous a dit qu’il allait demander l’autorisation à ce dernier. Shekau avait accepté de nous recevoir et nous avait reçus sous un arbre. Il nous a demandé d’être endurant dans la vie ». Au tribunal, il a nié avoir fait ces déclarations devant les enquêteurs. Donnant sa version des faits, il a martelé : « c’est mon maître coranique, Moussa Mbaye, qui m’avait encouragé à voyager au Nigéria pour y poursuivre mes études. Il m’avait remis 150 mille francs cfa par l’intermédiaire d’Ibrahima Bâ. Je suis parti à Kaolack en compagnie d’Abdou Aziz Dia (codétenu). Une fois à Kaolack, nous avons trouvé Mohamed Lamine Mballo et Ibrahima Diallo (codétenus). Nous avons poursuivi notre chemin pour faire cap sur Bamako. Après, on est allé à Burkina Faso avant d’atterrir à Niamey. Ensuiten nous avons atteint Diffa (frontière entre Niger et Nigéria). C’est Ibrahima Ba qui nous avait expliqué le trajet ». Il poursuit : « à Diffa, deux motos sont venus nous chercher. Nous avons été conduits à Abadam. J’y ai trouvé Moussa Mbaye, Abdallah Coulibaly alias Abu Zale et d’autres Sénégalais comme Ibrahima Mballo, Omar Yaffa. Quand j’ai vu mon maître coranique, il m’avait rassuré que j’allais poursuivre mes études. Il me donnait des cours. Nous sommes restés trois mois à Abadam avant d’être transférés à Fatkhoul Moubine ou Gosa. Là-bas, j’ai continué à apprendre le Coran auprès de mon maître coranique. Je n’ai pas subi une formation dans le maniement des armes».

«Après sa rencontre avec Shekau, Matar Diokhané nous a dit…»

A l’en croire, ils ont fait quelques mois à Fatkhoul Moubine avant de repartir pour Sambissa sur conseil de Moussa parce que, dit-il, ils n’étaient plus en sécurité. « On entendait des bombardements. Par ailleurs à Sambissa, j’avais exprimé mon souhait de rentrer au Sénégal car je n’avais plus confiance à cause des déplacements incessants d’un lieu à un autre. En plus, je ne pouvais pas entrer en contact avec mes parents », a-t-il dit. Ainsi ont-ils quitté Sambissa, mais le chef de Boko Haram leur avait interdit de partir. « Il était fâché contre Aboubacar Gueye qui était parti sans son autorisation. Nous nous en sommes ouverts à Matar Diokhané qui a intercédé en notre faveur. Après sa rencontre avec Shekau, il est venu nous informer que le chef acceptait de nous libérer à la seule condition qu’on déchire nos cartes d’identité avant de partir. C’est grâce à lui que nous avons quitté le Nigéria. C’est tardivement que j’ai su que j’étais dans le fief de Boko Haram, mais je ne suis pas un combattant. Je n’ai jamais rencontré Abubacar Shekau, mais j’ai appris de mon maître qu’il y a des Sénégalais qui l’ont rencontré ». Lors de sa prise de parole, le maître des poursuites a rappelé que l’accusé avait déclaré devant les enquêteurs ceci : « je n’ai jamais subi de formation militaire au Nigéria. Tout ce qu’on faisait, c’était de l’entrainement physique à l’aube. Je n’ai pas appris le maniement des armes, j’ai appris à conduire une moto ». L’accusé a juré sur tous les saints qu’il n’a jamais tenu de pareils propos. Toutefois, il a informé qu’il a perdu tout son temps en se rendant au Nigéria. «A l’enquête, l’un des enquêteurs m’avait dit  « tu es un mouton de panurge. Tu dois être égorgé. (…).  J’ai perdu temps en me rendant au Nigéria, je n’ai rien appris là-bas», a-t-il dit. Le procureur revient à la charge pour dire que Cheikh Ibrahima alias Abu Khaleb aurait soutenu devant le juge d’instruction : « Je n’ai pas participé aux combats. Les combattants de Boko Haram sont tellement nombreux qu’ils n’ont pas besoin de notre soutien ». Il a réfuté ces déclarations. Selon toujours le procureur, l’accusé aurait dit devant les enquêteurs : « je souhaite que la charia soit appliquée au Sénégal. Selon les recommandations divines, les Koufar (les mécréants) doivent être tués ainsi que ceux qui sont avec eux. Je suis prêt à éliminer les Koufar que Dieu a cités. » La réponse de l’accusé a été sans équivoque. Il a tout simplement nié. L’audience a été suspendue et reprendra lundi matin avec l’audition de Makhtar Diokhané, considéré comme l’un des cerveaux du groupe.

Cheikh Moussa SARR

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