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DETOURNEMENT-La Bourse de l’Arnaque

FLASHACTU.INFO-– 5 milliards payés à 10.000 non ayants droit l’année dernière

– 131 fonctionnaires se partagent 85 millions
– 871 cartouchards «bouffent» 382 millions
– La convention État-Ecobank expirée depuis le 31 décembre 201
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Parmi les incohérences liées au paiement des bourses, il y a le fait que des sommes importantes sont payées à des personnes qui sont loin d’y avoir droit. Une enquête de l’Inspection générale des finances a mis à jour l’arnaque et situé les responsabilités. Aux autorités d’agir !

Sur 39 milliards 314 millions 909 mille francs Cfa payés l’année dernière au titre des bourses d’études, plus de 5 milliards 681 millions de francs Cfa sont allés, durant l’année académique 2016-2017, de manière indue, à des personnes qui n’avaient pas qualité d’étudiants. Le rapport de l’Inspection générale des finances qui met en lumière cette arnaque détaille même de manière précise la destination de cette somme.

Ainsi, on y apprend que 9 571 personnes, non inscrites dans aucune école ou faculté universitaire, ont pu bénéficier de 5 milliards 103 millions et quelques francs Cfa, tandis que 52 personnes en formation continue, donc payante, ont pu se partager plus de 25 millions de Cfa. Sur ce point, le rapport dénonce le fait que sur trois années scolaires, depuis 2014, c’est 3 487 bourses (entières, demies ou de troisième cycle) qui ont été payées de manière indue à des étudiants inscrits en formation payante. Cela fait un montant de 1 milliard 805 millions 746 mille 323 francs Cfa.

Par ailleurs, 582 étudiants, ayant dépassé l’âge requis, se sont arrangés pour détourner plus de 85 millions de francs, tandis que 871 personnes, ayant redoublé plus d’une fois dans leur cycle d’études, ont pu bénéficier d’une cagnotte évaluée à 382 millions 709 mille francs Cfa. Dans tout ce nombre de délinquants, il ne faut pas oublier 131 fonctionnaires qui ont manœuvré pour avoir leur part de 85 millions 513 mille Cfa.

Cette grosse escroquerie qui ne date pas d’aujourd’hui, mais dont l’ampleur ne cesse de grandir, a pu avoir lieu du fait de plusieurs dysfonctionnements dont le rapport relève un bon nombre. Les inspecteurs du ministère de l’Economie, des finances et du plan indiquent que les autorités académiques ne maîtrisent pas le calendrier universitaire. En conséquence, impact négatif sur les délais de paiement et même sur les montants décaissés. Il y a aussi, parmi ces causes, «les retards récurrents concernant les inscriptions des étudiants boursiers, du fait des lenteurs dans la transmission à la direction des Bourses des résultats des examens et des listings des étudiants inscrits». De plus, la direction des Bourses n’est pas informée dans ces listes de la qualité des étudiants inscrits, entre les orientés par l’Etat et ceux inscrits en formation payante.

Plus grave, il y a la «présentation par certains étudiants de faux documents pour bénéficier des bourses sociales ou des aides de l’Etat». Il y a également «au niveau des régies compétentes pour les bourses des étudiants inscrits dans les établissements privés d’enseignement supérieur les aides et les subventions payées sans aucun contrôle de premier niveau ; la seule indication figurant sur les états de paiement concerne le numéro de la carte d’étudiant de l’intéressé».

Les collaborateurs du ministre Amadou Ba relèvent le fort déficit de personnel dont souffre la direction des Bourses, ainsi que le manque de matériel de ce service du ministère de l’Ensei­gnement supérieur. Ils recommandent ainsi d’aider ce département à se doter des moyens humains et matériels à la hauteur de ses prérogatives.
Une chose qui a inquiété l’Igf est le nombre particulièrement élevé des cartes bancaires perdues par les étudiants. Ces derniers se les font remplacer sans bourse délier. Là aussi, les inspecteurs des finances souhaitent «une meilleure gestion des cartes bancaires délivrées aux étudiants boursiers afin d’éviter ou de limiter les procédures contraignantes découlant de la fréquence des demandes d’exonération adressées par Ecobank à l’Etat, la perte des cartes, les nuisances dues à la fréquence des retraits bancaires».

Assiduité comme critère

Parmi les solutions proposées pour combattre les fraudes massives aux allocations d’étudiants, le rapport recommande que les services informatiques des universités, lors de la transmission des listes des étudiants inscrits à la direction des Bourses, indiquent s’ils font une formation payante, en joignant le numéro de la carte d’étudiant. Les inspecteurs demandent également d’assurer «la cohérence entre la liste des étudiants orientés par l’Etat dans les établissements privés d’enseignement supérieur et celle des étudiants qui y sont effectivement ins­crits». Par ailleurs, pour bénéficier ou conserver une bourse d’étude, ils pensent que l’on devrait prendre en compte l’assiduité aux Travaux dirigés (Td) ou aux Travaux pratiques (Tp) ainsi que la participation effective de l’étudiant aux examens.
Plusieurs autres mesures ont été préconisées, qui ont été toutes laissées à l’appréciation du ministre de l’Economie, des finances et du plan.

Une convention officiellement expirée

L’une des choses qui ont frappé les auditeurs du ministère de l’Economie, des finances et du plan concerne la convention qui lie l’Etat à Ecobank. Signé le 15 juillet 2008, «elle visait exclusivement les bourses des étudiants des universités publiques du Sénégal, jusqu’à la conclusion, en mai 2017, de l’avenant n°3 qui élargit le champ aux bourses de l’enseignement supérieur privé et aux aides et dont l’expiration était prévue le 31 décembre 2017». Depuis lors, Ecobank continue de travailler dans ce cadre, bien qu’aucune convention ne la lie plus officiellement à l’Etat. A croire qu’aucune des parties ne trouve son intérêt à signaler cette anomalie.

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