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La classe politique met en demeure la Céna

FLASHACTU.INFO-Maintien de Doudou Ndir à la tête de la commission électorale, suspicions dans le contrôle et le suivi du scrutin présidentiel – La Commission électorale nationale autonome est-elle dans les dispositions de remplir convenablement sa mission ?

Chargée de superviser et de contrôler le processus électoral de manière à assurer la régularité, la transparence, la sincérité des scrutins en garantissant aux électeurs ainsi qu’aux candidats en présence, le libre exercice de leurs droits, la Commission électorale nationale autonome (Cena) est-elle aujourd’hui dans les dispositions de remplir convenablement cette charge, lors de la présidentielle du 24 février 2019 ? Pour cause, la Cena et son président que l’opposition accuse ouvertement de partialité au profit du régime en place dans sa mission de supervision du processus électoral, lors du référendum de 2016 et les législatives du 30 juillet 2017, se trouvent aujourd’hui dans une situation un peu particulière. Et cela, pour diverses autres raisons dont, en premier, le maintien de Doudou Ndir par le chef de l’Etat, Macky Sall, à la présidence de la Cena. Nommé par Décret n° 2009-1431 en date du 24 décembre 2009 pour un mandat de six ans non renouvelable, Doudou Ndir, magistrat à la retraite qui a succédé à la tête de la Cena à Moustapha Touré, devait céder sa place depuis 2015 au regard des dispositions du code électoral. Interpellés par Sud quotidien sur ce maintien du président de la Cena à son poste, Magatte Sy du Pds, Ass Babacar Guèye du Rewmi et Ousmane Badiane de la Ld ont pratiquement tous mis en demeure Doudou Ndir.

MAGATTE SY, CHARGE DES ELECTIONS AU PARTI DEMOCRATIQUE SENEGAL : «Le maintien de Doudou Ndir est une preuve que la Cena est un organe au service du chef de l’Etat»

«Le maintien de Doudou Ndir à son poste de président de la Cena après l’expiration de son mandat traduit à juste titre, à mon avis, la conception de la démocratie chez le président Macky Sall. Il accorde peu de crédit au respect des principes démocratiques. Depuis qu’il est à la tête de l’Etat, il fait tout son possible pour mettre à terre  les institutions et les organes chargés de veiller au respect de l’Etat de droit au Sénégal. Il est vraiment dans une démarche de sabotage car, il est en train de déconstruire ce que ses prédécesseurs, depuis le président Senghor jusqu’au président Wade en passant par le président Diouf, ont bâti tout simplement parce qu’il n’a aucun respect pour la démocratie, les institutions et le processus électoral.

Toutefois, je précise que le maintien de Doudou Ndir à son poste ne surprend guère. Cela est une preuve pour ceux qui doutent encore que la Cena est un organe au service du chef de l’Etat. La seule chose qui me dérange, c’est que le chef de l’Etat n’a pas pris un acte officiel pour formaliser sa décision de maintenir Doudou Ndir à son poste. Il est toujours animé par une volonté de laisser pourrir des situations pour ensuite pouvoir en profiter. C’est ainsi qu’il a fait lors des législatives quand il a suscité et financé des candidatures fantômes pour pouvoir justifier par la suite son parrainage dont l’unique but est l’élimination d’adversaires politiques susceptibles de le battre, le 24 février 2019.

Tout ce que nous attendons aujourd’hui avec nos collègues réunis au sein du Front, c’est la mise en place d’une structure indépendante pour organiser la prochaine élection présidentielle. Mais aussi une haute autorité chargée de mener des concertations sincères avec tous les acteurs  pour revoir tout le processus électoral. Car, il est clair aujourd’hui que le président n’est pas dans une démarche visant à garantir la transparence du processus électoral. Sinon, comment comprendre qu’il ait placé au sein de toutes les institutions comme le Conseil constitutionnel, la Cour suprême et j’en passe ses hommes. Il faut donc un rapport de force pour l’amener à respecter les règles consensuellement établies ».

ASS BABACAR GUEYE, CHARGE DES ELECTIONS AU REWMI :«C’est quelqu’un en qui personne n’a confiance, il doit donc partir»

«Le maintien de Doudou Ndir à son poste de président de la Cena ne nous rassure guère. Nous sommes très inquiets par cette situation. Cependant, j’avoue que nous ne sommes pas surpris parce que nous savons que Doudou Ndir est en train d’être récompensé par rapport à son double jeu lors des législatives du 30 juillet 2017. En effet, lors du processus électoral qui a conduit à ce scrutin, Doudou Ndir nous avait tous surpris quand il a décidé ne pas jouer son rôle de contrôle et de suivi du processus électoral concernant les dispositions réglementaires. A l’époque, alors que l’opposition appelait avec force au respect des  dispositions de l’article 11 du  code électoral qui dit  que la Cena doit veiller à la mise à disposition du fichier électoral en version numérique et en version papier au candidat quinze jours avant le processus. En tant que président de la Cena, il a fermé les yeux. Ensuite, lors du référendum, il était là aussi quand le ministre de l’Intérieur de l’époque Abdoulaye D Diallo refusait de nous donner le fichier mais il n’a rien fait. Nous étions obligés d’aller aux élections sans le fichier tout simplement parce qu’il n’a pas fait son travail.

Donc véritablement, c’est quelqu’un en qui personne n’a confiance. Si vous exploitez le rapport de la Cena sur l’organisation des législatives, vous verrez que cet organe avoue son incapacité à surveiller le processus. A la page 24 de ce document si je ne m’abuse pas, il est écrit noir sur blanc que les cartes d’identités nationales dans un premier temps étaient distribués sous la présence des membres de la Cena de manière très orientée dans les régions mais après le ministère de l’Intérieur a pris sur lui d’envoyer en vrac les cartes d’identités. Ce qui a amené énormément de problèmes. Pourtant, Doudou Ndir était là quand le ministère de l’Intérieur agissait mais il n’a pas levé un seul doigt. Ceci dit, je pense que le président Macky Sall ne maintient dans ce processus que des personnes acquises à sa cause. Doudou Ndir devait partir depuis, mais comme il est à la solde du chef de l’Etat, celui-ci cherche à le maintenir tout simplement parce qu’il veut obtenir un impossible second mandat. Il (président Macky Sall-ndlr) est obnubilé par un second. C’est pourquoi, il est en train de déconstruire les principes même élémentaires de l’Etat de droit et de la démocratie. On a la même situation au Conseil constitutionnel. Il a fini par transformer toutes les principaux organes chargés de veiller au respect de l’équilibre démocratique à des maisons des retraités pour des personnes acquises à sa cause. L’opposition devait s’organiser pour lui imposer un rapport de force».

OUSMANE BADIANE, CHARGE DES ELECTIONS A LA LIGUE DEMOCRATIQUE : «Ses 6 ans sont largement dépassés mais ce n’est pas la première fois qu’un président continue son mandat…»

«Le maintien de l’actuel président de la Cena, Doudou Ndir à son poste après l’expiration de son mandat pourrait constituer une source de polémique au lendemain de la présidentielle. C’est possible puisque les textes disent que la durée du mandat du président de la Cena comme d’ailleurs tous les autres organes à l’image du Cnra est de six ans (6 ans) non renouvelable. C’est dans ce cadre qu’on a vu même récemment Babacar Touré être remplacé par Babacar Diagne à la fin de son mandat. Donc normalement, ce principe doit être respecté pour toutes les autres institutions. Car, il n’y a pas une interprétation mais du point de vue de la loi, effectivement la mandature est de 6 ans non renouvelable. L’actuel président est là-bas de 2009 jusqu’à aujourd’hui ; donc les 6 ans sont largement dépassés. C’est ça que je peux dire. Je ne peux pas faire un jugement de valeur sur l’homme. Je sais tout simplement que du point de vue de la loi, l’échéance est arrivée. Maintenant, seul celui qui a la prérogative de nommer peut nous dire pourquoi ce retard, ou est-ce que le processus de nomination d’un nouveau président est en cours de préparation ou pas. Cependant, il est tout à fait légitime que le citoyen se pose des questions lorsqu’une disposition réglementaire n’est pas réglée. Seulement, je précise que ce n’est pas la première fois au niveau des institutions que le président continue encore un moment en attendant d’avoir un remplaçant, après l’expiration de son mandat.

Maintenant, il y a diverses appréciations sur la gouvernance de la Cena. C’est une institution essentielle dans notre dispositif électoral. L’Onel avait des pouvoirs très limités, vraiment une institution qui disparaissait à la fin de l’élection. En plus, il n’avait presque pas des moyens au sens propre du terme, pas beaucoup. Quand on a tiré le bilan de l’Onel, on a dit qu’il faut mettre sur pied une autre institution plus renforcée qui puisse vraiment jouer son rôle dans le cadre de ses missions de superviser et de contrôler le processus électoral à toutes les étapes. C’est pourquoi on en a fait une institution permanente avec une autonomie budgétaire. La Cena est une institution à qui le code électoral donne un pouvoir très important. Chaque fois qu’il y a manquement, non-respect ou une violation de la loi, la Cena est appelée à intervenir. Donc, c’est un instrument très important. Maintenant, après tant d’années, il est important de procéder à l’évaluation pour voir ce qu’il faut encore améliorer dans son fonctionnement. Cette question était inscrite à l’ordre du jour des concertations sur le processus électoral au lendemain des élections législatives mais malheureusement certains acteurs ont boycotté. Ils n’ont participé à aucune rencontre et cela fait qu’on n’a pas un  point de vue global de tous les acteurs».

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