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Le Gign-ses missions, ses sélection et le secret de ses réussites

FLASHACTU.INFO-Pour se frayer une place dans les rangs de ce redoutable et impressionnant corps d’élite de la gendarmerie, il faut en manifester le souhait et être doté d’une endurance hors du commun lors des tests physiques et psychiques. Imbattables en opération spéciale terre, mer, air, notamment en matière de contreterrorisme, ils n’interviennent que lorsque c’est hautement sérieux. C’était le cas avec l’opération Fodé Kaba en Juillet 1981, la protection du Général Nino Vieira au plus fort de la crise bissau-guinéenne, le démantèlement de la fameuse bande Alex et Inno vers la fin des années 90, l’exfiltration de l’ancien président Malien Amadou Toumani Touré, l’arrestation des suspects de la tuerie de Bofa Bayotte…

Derrière toutes ces interventions, il y a le GIGN. Pour l’As, le Commandant de cette unité le Capitaine Demba Ciré LY lève un coin du voile à propos du mythe sur les missions du GIGN: le mode de sélection, la formation, les raisons de l’absence des femmes dans le groupe, la logistique, les interventions pour le compte de l’Onu. Entretien exclusif

L’As : Qui est le capitaine Ly?

CAPITAINE DEMBA CIRE LY : Je suis le Capitaine Demba Ciré Ly et je commande le Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale, plus connu sous l’appellation GIGN. J’officie dans l’unité depuis six années. Avant d’être promu à la fonction de commandant d’unité, j’ai occupé successivement les postes de 3e adjoint, 2e adjoint et chef des opérations de l’intervention spéciale, commandant de l’action rapide.

Qu’est-ce-que le GIGN et quelles sont ses missions ?

GIGN est le sigle de Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale. C’est la première unité spéciale sénégalaise. Elle a été créée officiellement par le décret 82- 12/PR/MFA/ du 20 janvier 1982, mais existait déjà depuis 1978. Basée à Dakar, sa compétence s’étend sur l’ensemble du territoire national. Le GIGN est une unité d’élite formée pour l’intervention spéciale ainsi que pour la sécurité et la protection. Dans le premier cadre, il mène des opérations déclenchées à l’occasion de certains événements graves tels que les actes de terrorisme (terrestre, maritime et aérien), de grand banditisme, de prise d’otages (terre, mer et air), de révoltes en milieu pénitentiaire. Ces opérations, qui doivent aboutir à la neutralisation d’individus réputés très dangereux, nécessitent l’utilisation de techniques et de moyens particuliers d’intervention. Le GIGN agit également pour le transfèrement de prisonniers jugés très dangereux et pour des opérations de police judiciaire lorsque des renseignements plausibles font craindre la commission d’actes de violences graves. Dans le second cadre, le GIGN a pour mission d’assurer la protection rapprochée des hautes autorités (nationales et étrangères) et ce, notamment en zone de crise. C’est à ce titre qu’il veille, entre autres, à la protection des institutions de la République et des personnalités étrangères en visite sur le territoire de la République. La compétence du GIGN peut également s’étendre à l’extérieur du territoire national. D’ailleurs la protection du président Adama BARROW est assurée par des militaires de l’unité.

Comment se passe la sélection ? Il paraît qu’elle est d’une grande rigueur …

Il est normal que l’accès au groupe soit particulièrement sélectif parce que nous avons des objectifs spécifiques à atteindre. Les missions impliquent de hauts risques. C’est pour cette raison que nos militaires doivent être extrêmement bien entraînés, physiquement et moralement. La rigueur de la formation impose un recrutement uniquement basé sur le volontariat.

Quel est le profil, l’âge, le poids, la taille ?

On a un profil spécifique qui est connu de nos médecins. Ils connaissent les critères requis, et c’est sur cette base que certains candidats sont éliminés pour raison médicale. La visite médicale d’aptitude se fait avant et après les tests de présélection. C’est sûr qu’on ne peut pas souffrir d’une affection médicale et vouloir intégrer le GIGN.

La formation dure combien de temps ?

Au moins deux ans. La première année est une formation de base et la deuxième année est une formation de spécialisation et d’application. On peut être renvoyé à tout moment du stage de formation et pour des raisons diverses (insuffisances techniques, baisse des facultés physiques, blessures, etc.)

Quel est le secret de la réussite de ce corps ?

L’efficacité de ce groupe repose sur une sélection particulièrement rigoureuse des candidats (rares sont les militaires qui arrivent à passer l’ensemble des épreuves) et un entraînement quotidien aussi bien physique que technique, qui permet d’avoir un personnel spécialement qualifié dans de nombreux domaines : explosifs, négociations, tirs d’élite, plonges, observation/recherche … Cette dernière spécialité permet aux militaires du GIGN d’être rompus aux techniques de filatures et d’observation en zone urbaine ou rurale. Cette capacité leur permet aussi d’assurer des missions d’infiltration et de recherche des renseignements en tous lieux et en toutes circonstances. Par ailleurs, chaque militaire du GIGN est parachutiste.

Vos entraînements sont très physiques. est-ce la raison pour laquelle il n’y a pas de femmes au GIGN ?

Effectivement le GIGN ne compte pas de personnels féminins dans ses rangs. Je précise qu’on n’exclut pas les femmes. Cependant une femme qui veut intégrer la formation devra être soumise aux mêmes conditions que les hommes, surtout parce que les missions à hauts risques de l’unité font que les entrainements ne peuvent être dictés par une quelconque discrimination. Comme je le dis souvent, il peut exister des supers girls. Si une femme postule et arrive à surmonter l’ensemble des épreuves, il n’y a aucune raison pour qu’elle ne soit pas retenue. Mais encore elle devra conserver ses capacités physiques pour rester dans l’unité. Aucune femme ne s’est néanmoins jamais portée volontaire pour subir les tests de recrutement. A titre comparatif, le GIGN reste dans la norme parce qu’il est extrêmement rare de voir des femmes dans les forces spéciales étrangères.

Au niveau de la logistique et eu égard aux nouvelles formes de périls comme le terrorisme, est-ce-que le GIGN a évolué ?

Les moyens ont constamment évolué. Le GIGN, suivant la situation du moment, a toujours eu les moyens de faire face aux périls. Aujourd’hui encore, avec la menace terroriste, le commandement a fait des efforts conséquents pour mettre à niveau le GIGN en termes d’équipements individuels et collectifs.

Quand on vous voit dans les manifestations, vous faites vraiment peur avec votre arsenal. Qu’est-ce que cela vous fait ?

Les militaires du GIGN existent pour la Nation. Ils n’agissent que pour la sécurité des populations et la protection des institutions. Seuls les criminels et les délinquants devraient craindre les éléments de l’unité.

A la retraite, certains éléments de la brigade d’intervention de la police se recyclent dans les sociétés de gardiennage ou la protection rapprochée. C’est aussi le cas chez des agents du GIGN à la retraite ?

La reconversion dépend de l’individu. On peut être à la retraite et mener des activités privées. Certains militaires du GIGN à la retraite se sont reconvertis dans la protection. Mais on les retrouve principalement dans la coordination et la formation. Sans violer des secrets, pouvez-vous nous parler de certaines missions menées par le GIGN ? Depuis sa création, le GIGN a pu mener plusieurs opérations au Sénégal et à l’étranger, au titre desquelles on peut citer, sans pour autant être exhaustif : la libération d’otages en Gambie le 30 juillet 1981, suite au coup d’Etat perpétré alors que le Président Diawara se trouvait à Londres. Toutes les unités de réserve générale des forces armées furent mises en alerte. Les compétences du GIGN furent requises pour donner l’estocade à la rébellion en neutralisant de nombreux rebelles et en libérant les otages dont le douanier Mamadou Mitterrand, ainsi que Mme Diawara et ses enfants. Ces agents seront ensuite chargés d’assurer la protection rapprochée du Président gambien et de sa famille. Le GIGN fut créé officiellement juste après cette intervention de libération d’otages. L’unité y retournera en 2017 afin d’assurer la protection de l’actuel Président de la Gambie, Adama Barrow

Autre mission marquante ?

Lors de la guerre civile de 1998 en Guinée Bissau, des militaires du GIGN avaient reçu la mission de diriger la sécurité du Président Bissau-guinéen, le général João Bernardo Vieira, dit «Nino Vieira», et sa famille. Ils se sont retirés à la fin de «l’opération Gabou». Nino Viera fut assassiné, quelques temps après le départ du GIGN, dans sa résidence officielle par des hommes armés. Au plus fort de la crise malienne en avril 2012, les militaires du GIGN avaient reçu la mission d’exfiltrer l’ancien Président malien Amadou Toumani Touré, qui venait d’être renversé par le capitaine Amadou Aya Sanogo, et dont la vie était menacée. La protection du Président malien est assurée depuis ce jour par l’unité.

Et ici au Sénégal ?

Dans la deuxième moitié des années 1990 (fin 1996/début 1997), une série de cambriolages et de vols à mains armées très violents est signalée à Dakar et à l’intérieur du pays. Leurs auteurs, des individus armés et extrêmement dangereux, avaient fini d’instaurer l’insécurité et la psychose au Sénégal. C’est alors qu’il fut décidé de confier la traque de ces «super criminels» au GIGN. Les militaires du Groupe parviendront, après quelques mois, à appréhender à Yeumbeul Papa Ndiaye ainsi qu’Alioune Abatalib Samb alias Ino puis, quelques jours plus tard, Alassane Sy dit Alex, Bocar Ba alias Djiby, Cheikh Ba et Ahmet Ba plus connu sous le nom d’Ifra, dans un village de la région de Saint-Louis. Le «super gang» fut ainsi démantelé. Un militaire du GIGN fut blessé par balle au cours de ces opérations. Par ailleurs, dans le courant de l’année 2007, un forcené prit en otage sa femme. Les gendarmes de la brigade compétente, dépêchés sur les lieux, furent assaillis par des coups de feu. Le GIGN fut alors déployé pour mettre fin à la prise d’otage. Cette opération fut un succès, notamment grâce aux négociateurs du GIGN. Plus récemment, il y a eu l’arrestation des présumés tueurs de Bofa Bayotte. Le samedi 06 janvier 2018, quatorze (14) coupeurs de bois ont été tués par arme à feu dans la forêt de Bofa Bayotte à Ziguinchor. Compte tenu de la sensibilité du milieu, le Haut Commandement de la Gendarmerie nationale décida de dépêcher le GIGN. Le professionnalisme de l’unité permit l’arrestation d’une vingtaine d’individus ainsi que la saisie d’armes.

Vous intervenez aussi pour le compte de l’Onu ?

Oui. L’Onu avait demandé au Sénégal de fournir une SWAT au Mali. Les militaires du GIGN sont la composante de cette unité. C’est une Equipe d’Intervention Rapide qui est intégrée au détachement de la Minusma Gendarmerie.

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